IL EST TEMPS D’AGIR

Lettre ouverte des ONG et associations humanitaires relative aux dérèglement climatique et crises humanitaires

 

La fréquence et l’intensité des crises liées aux catastrophes d’origine naturelle ou humaine ne cessent d’augmenter dans le monde. Nous, ONG et organisations de la société civile qui intervenons dans ces contextes, nous sentons concernées par la menace globale que représentent le dérèglement climatique et ses impacts sur les populations. Nous appelons donc les chefs d’états à ne pas considérer les conséquences du dérèglement climatique comme des évènements exceptionnels et imprévisibles sur le chemin du développement, mais bien comme une menace à long terme pour la pérennité du développement lui-même.

Le dérèglement climatique est un facteur d’aggravation des crises humanitaires et constitue de ce fait un défi majeur tant pour les gouvernements que pour les acteurs humanitaires non gouvernementaux. Ses multiples conséquences ne se limitent pas uniquement aux écosystèmes mais affectent, directement ou indirectement, la survie des populations, leurs moyens de subsistance, et génèrent tensions sociales et pertes économiques.

En 2014, 87%1 des catastrophes naturelles recensées étaient liées au climat. 22,4 millions de personnes ont été déplacées du fait de phénomènes climatiques en 2013 et 250 millions2 pourraient l’être d’ici 2050. Le dérèglement climatique dégrade également les conditions d’hygiène et de santé, accroissant la vulnérabilité des populations face aux catastrophes. Le réchauffement climatique favorise la propagation de maladies à transmission vectorielle comme le paludisme qui pourrait provoquer à lui seul 60 0003 victimes supplémentaires par an entre 2030 et 2050. Parmi les groupes de population touchés, les personnes les plus vulnérables (femmes, enfants, personnes handicapées, personnes âgées et populations autochtones) sont également les plus démunies face à de telles crises et seront les plus sévèrement frappées. En effet, le dérèglement climatique continuera d’aggraver les crises liées à l’insécurité alimentaire et hydrique, exposant 600 millions4 de personnes supplémentaires à la faim d’ici 2080 et 40%5 de la population mondiale aux pénuries d’eau d’ici 2050. Dans le contexte d’états fragiles ou en guerre, les populations les plus pauvres sont les plus durement touchées par le dérèglement climatique, augmentant le risque d’affrontements, générant des tensions sociales associées aux déplacements massifs de populations et alimentant l’apparition de conflits liés à l’accès aux ressources.

L’enjeu n’est plus uniquement d’ordre technico-scientifique, il est désormais politique. A l’heure où les dirigeants internationaux s’engagent pour les Objectifs de Développement Durable (ODD) et cherchent à améliorer la réponse humanitaire au travers du Sommet Humanitaire Mondial de 2016, un développement dit durable ne pourra être atteint si les impacts du dérèglement climatique ne sont pas significativement réduits. Nous appelons donc l’ensemble des acteurs engagés dans les ODD à inciter les parties prenantes des négociations de la COP21 à conclure un accord ambitieux qui soulignerait le lien entre dérèglement climatique et crises humanitaires et limiterait le réchauffement planétaire à 1,5°C. Les acteurs humanitaires peinent déjà à répondre au nombre croissant de crises intenses et simultanées qui éclatent actuellement dans le monde mais s’efforceront de faire face aux nouveaux troubles dans un monde où la température augmenterait de plus de 1,5°C. Ils n’auront, néanmoins pas les moyens de répondre aux effets cumulés d’une augmentation de 3°C de la température du globe. Les états se doivent de saisir l’opportunité offerte par la COP21 afin de s’attaquer simultanément aux défis du dérèglement climatique, de l’accroissement du nombre de crises humanitaires et des obstacles à un développement durable, afin d’aboutir à des décisions ambitieuses dans le cadre de ces négociations.

Dans le but de prévenir les crises humanitaires et sauver des vies, un accord ambitieux, conforme aux ODD, engage à :

I. Éviter les crises humanitaires en s’attaquant aux causes du dérèglement climatique

  • Réduire considérablement les émissions de gaz à effet de serre dans le but d’atteindre l’objectif zéro émission d’ici 2050 et de limiter le réchauffement en dessous de 1,5°C, en transférant par exemple les fonds actuellement dédiés aux subventions des énergies fossiles vers des investissements en faveur des énergies renouvelables, de l’efficacité énergétique et de l’adaptation au dérèglement climatique.
  • Définir des objectifs nationaux pour la préservation des forêts, des mangroves et des récifs coralliens et encourager le développement des pratiques agro-forestières et agro-écologiques pour favoriser la reforestation ainsi qu’une meilleure utilisation des sols.

II. Réduire les effets des crises humanitaires en s’attaquant à la vulnérabilité des communautés

  • S’assurer que toute action relative au dérèglement climatique (mitigation et/ou adaptation) prenne en compte et intègre la nutrition et la sécurité alimentaire dans tous les plans d’adaptation, compte tenu du nombre considérable de crises alimentaires parmi les crises humanitaires. Le modèle de l’agro-écologie, qui intègre des critères environnementaux tels que la faible émission de carbone, le respect du principe d’équité sociale et le renforcement de la résilience doit être promu comme la solution pour lutter à la fois contre le dérèglement climatique et l’insécurité alimentaire et nutritionnelle.
  • Accroître les mesures se rapportant à l’hygiène et l’assainissement dans tous les plans d’adaptation, de réponse aux crises et de financement d’urgence sachant que la santé et l’accès aux besoins fondamentaux sont des thématiques centrales dans les stratégies d’adaptation et de résilience au dérèglement climatique.
  • Le PNUD6, le BNURRC7 et la CCNUCC8 doivent collaborer afin de mettre en place un cadre d’évaluation commun pour mesurer les progrès en matière de résilience pour toutes les actions post-2015, en ventilant les données concernant les différentes catégories de populations vulnérables.
  • Créer ou renforcer les plateformes multi-parties pour la Réduction des Risques de Catastrophes (RRC) et/ou la stratégie d’Adaptation au Changement Climatique (ACC) afin d’améliorer la communication transdisciplinaire et la redevabilité à tous les niveaux. Les gouvernements doivent mettre en place des objectifs nationaux ambitieux ainsi que des indicateurs régionaux permettant d’évaluer la résilience de toutes les politiques post-2015. Ces politiques devront être corrélées avec les Plans Nationaux d’Adaptation et les plans de Réduction des Risques de Catastrophes.

III. S’organiser aujourd’hui pour répondre aux conséquences actuelles et futures des crises humanitaires liées au dérèglement climatique

  • Inclure la planification des conséquences du dérèglement climatique, dont les migrations et déplacements, dans toutes les stratégies, au niveau régional comme au niveau mondial afin d’assurer une répartition équitable des conséquences de déplacements de populations et d’intégrer la prise en charge des pertes et dommages de façon cohérente et globale.

IV. S’engager à tout mettre en œuvre pour appliquer les mesures ci-dessus

  • Les stratégies d’adaptation doivent prendre en compte le contexte et la fragilité des états afin d’avoir un impact durable et global.
  • Les politiques climatiques doivent intégrer les normes existantes relatives aux droits de l’Homme, notamment l’égalité et l’équité entre les sexes, afin d’aboutir à des changements positifs durables. De plus, les plans d’action doivent inclure les populations les plus vulnérables (femmes, enfants, personnes âgées, personnes handicapées et populations autochtones) pour renforcer leur résilience par rapport aux risques climatiques et permettre leur participation et leur émancipation.
  • Toutes les mesures pour réduire les conséquences des crises humanitaires liées aux dérèglements climatiques devront bénéficier d’un financement suffisant. Les gouvernements doivent consacrer 5% de leur Aide Publique au Développement (APD) aux plans de Réduction des Risques de Catastrophe (RRC). Le budget alloué aux programmes RRC locaux, aux stratégies locales et aux projets de renforcement de compétences doivent représenter 50% du budget global des RRC9.
  • Les pays riches doivent soutenir davantage les pays les plus touchés en investissant dans l’adaptation, dans le cadre de leur engagement de mobiliser 100 milliards de dollars chaque année d’ici 2020, décidé lors de la COP15.
  • Les bailleurs de fonds doivent intégrer la mise en place de programmes de résilience sur le long terme, comme critère d’attribution de leur APD, en intégrant des indicateurs de résilience dans les demandes de financement.

1 UNISDR, The Economic and Human Impact of Disasters in the last 10 years, base de donnée EM-DAT 2014, Centre de Recherche pour l’Epidémiologie des Catastrophes Naturelles (CRED), Munich Re. Ce pourcentage est en nette augmentation, il y a vingt ans, 75% des catastrophes naturelles étaient liées au climat. Consulté le 3 août 2015 http://www.unisdr.org/files/42862_economichumanimpact20052014unisdr.pdf
2 IDMC-NRC, ‘At a glance : Global Estimates 2014 : people displaced by disasters’. Consulté le 3 août 2015 http://www.internal-displacement.org/assets/library/Media/201409-globalEstimates-2014/At-a-glance-global-estimates-2014-17Sept2.pdf
3 OMS, Changement climatique et santé, Aide-mémoire N°266, Centre des médias, révisé en aout 2014. Consulté le 3 août 2015 http://www.who.int/mediacentre/factsheets/fs266/en/
4 PNUD, La lutte contre le changement climatique : un impératif de solidarité humaine dans un monde divisé, Rapport mondiale sur le développement humain 2007/2008. Consulté le 3 août 2015 http://hdr.undp.org/sites/default/files/reports/268/hdr_20072008_en_complete.pdf
5 OCDE, Les conséquences de l’inaction, Perspectives de l’environnement à l’horizon 2050, Publication OCDE, 2012. Consulté le 3 août 2015 http://www.oecd.org/fr/env/indicateurs-modelisation-perspectives/49848948.pdf
6 PNUD : Programme des Nations Unies pour le Développement
7 BNURRC : Bureau des Nations Unies pour la Réduction des Risques de Catastrophes
8 CCNUCC : Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques
9 Joint Civil Society Organizations Statement, ‘Ensuring Sustainable Development: The need to invest in disaster risk reduction’, 15 juin 2015. Consulté le 3 août 2015 https://www.bond.org.uk/data/files/Joint_CSO_statement_on_DRR_in_FFD_FINAL_120615.pdf Global Humanitarian Assistance, Disaster Risk Reduction – spending where it should count, 2012. Consulté le 3 août 2015 http://www.globalhumanitarianassistance.org/report/disaster-risk-reduction-spending-where-it-should-count


Les signataires

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